Bruno 4
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Jean-Paul Dossou dans Le Monde d'aujourd'hui

Chers tous,

Jean-Paul, qui était avec mon frère Vincent, le facilitateur du groupe sur la décolonialité dans notre walkshop, est aujourd'hui dans le journal Le Monde!

Il intervient sur la problématique des violences faites aux parturientes dans les services de santé au Bénin.

L'interview est ici: https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/22/jean-paul-dossou-payer-avant-d-accoucher-est-la-premiere-violence-faite-aux-femmes_6016451_3212.html

Bonne lecture

Bruno

Réponses

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Léonard Ntakarutimana

Cher Bruno, Merci bien pour le partage de cet article du journal "Le Monde". Sa lecture me renvoie immédiatement à Yaounďé où sont nés mes deux premiers enfants en 1999 et 2001 respectivement. Je me souviens entre autres que, pour être reçue en service de naternité, la femme venue accoucher devait au préalable être contrôlée par rapport à l'exactitude et la complétude du "kit" dont elle devait se munir. Sans ce kit elle était purement et simplement refusée d'accès. C'était vraiment une épreuve traunatisante plus particulièrenent pour les femmes issues des milieux pauvres. J'espère bien que la prise en charge a dans l'entre-temps évolué positivement sur cet aspect de l'accruil.

Les violences que subissent les femmes venues accoucher seraient probablement présentes dans plusieurs formations sanitaires et variées selon les contextes des pays et systèmes/sous-systèmes de santé considérés. Elles méritent bien une attention particulière pour réduire la mortalité maternelle et accélérer la marche vers la Couverture Santé Universelle. 

Félicitation cher Jean-Paul Dossou.

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Adalbert TCHETCHIA

Cher Bruno, 

J'ai aussi lu avec un intérêt marqué le post sur la parution de Jean-Paul Dossou dans le journal Le Monde à propos des violences faites aux femmes dans les formations sanitaires, notamment les parturientes. Je ne pouvais ne pas être marqué par la référence faite au concept bourdieusien de "capital culturel" ou "capital symbolique". Il y'a là une explication plausible d'autant plus qu'au début du 20ème siècle et avant Boudieu, le sociologue américain Talcott Parsons,  dans son étude des changements qui accompagnaient l'avènement de la société industrielle aux Etats-Unis et plus largement en Occident  faisait déjà comprendre qu'il se produisait un transfert des rôles de soins de santé, et donc aussi du capital qu'ils supposent, de la famille vers une nouvelle catégorie de spécialistes, ici les médecins. Il avait alors théorisé la relation "expert-profane" qui apparaissait assymétrique du point de vue du capital symbolique notamment. Le personnel de santé, "heritiers"(un autre terme de Bourdieu) du biopouvoir consacré par la médicalisation de la société peut donc,  à partir d'une perception du "médecin tout puissant"-comme le note J.P. Dossou-se retouver dans des travers à l'égard des populations vues comme profanes, ignorantes ou inférieures. Par ailleurs, peut-être aussi que le capital culturel n'explique pas tout, par exemple pourquoi, comme le note Léonard dans le post précédent, ses pratiques irrespectueuses de la maternité varient selon les contextes et systèmes de santé. C'est sans doute qu'il y'a d'autres cadres théoriques à mobiliser. Sur ce dernier point, on pourrait voir aussi "la décolonialité" car elle nous amenerait à intérroger les fondations coloniales des systèmes et pratiques de santé pour voir par exemple que la médecine coloniale en Afrique reposait avant tout sur des bases de violence et d'inégalités entre colons et "indigènes". Il n'est donc pas exclu que les médecins africains aient "hérité" de cette violence coloniale des soins et aient tendance à le repercuter sur leurs patients. Quoi qu'il en soit une réflexion pourrait se faire sur le fardeau colonial qui pèse encore sur nos systèmes de santé  en Afrique.  D'un autre point de vue, l'euphorie de la période des indépendances en Afrique a été suivie par une vague de crises économiques et de mesures d'austérités dont les répercussions sont aussi à scruter sur le plan de la détrioriation de la vie morale. On sait que le personnel de santé a été parmi les "frustrés" de cette crise au regard du durcissement de leurs conditions de travail. Un choc dont les conséquences post-traumatiques sont à rechercher. Autre question, le statut de la femme dans la société a-t-il un lien à y voir avec les violences subies dans les maternités? Quelle place pour le genre parmi les solutions solutions politiques à envisager? En tout état de cause, la problèmatique relevée par J.P. Dossou reste d'actualité, les perspectives heuristiques riches et possiblement complexes, les implications politiques notoires. Je peux terminer en illustrant cette actualité par cette politique "d'humainsation des soins" lancée par le nouveau ministre de la Santé Publique au Cameroun. 

Adalbert