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Comment faire du FBP dans un environnement sous-bancarisé avec des messageries financières opérant en position quasi-monopolistique et sans large représentation dans les milieux ruraux?

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Eric Mafuta

Bonjour, 

Il est difficile en effet d'assurer un payement adequat des structures de sante. Je proposerai a l'agence d'utiliser le reseau Caritas comme l'a fait le gouvernment pour la paie de.fonctionnaires ou de procure de dioceses catholiques.

 

Erik Josephson

C'est un sujet très intéressant; merci de l'avoir soulevé. Pouvez-vous nous donner quelques informations sur la situation de l'argent mobile et de la couverture des réseaux de téléphonie mobile dans les regions où vous travaillez?

Innocent ZIHALIRWA BINGANE

 

Bonjour,

Dans un contexte de mise en œuvre de l'approche FBP en milieux rural surtout à accessibilité difficile, la bancarisation est souvent difficile mais pas impossible. De part le principe  de stimuler l'entreprenariat pour le prestataire (Centre Santé), il est aussi possible pour les banques et organisations des micro-crédits.

Notre expérience d'avoir travaillé dans l'approche PBF en milieux ayant les mêmes caractéristiques que celles relevées dans la question, nous tenons à vous la partager . Voici quelques éléments à analyser avant de développer l'idée:

- Identifier si à part les représentants des deux messageries, ils n'existent pas d'autres organisations des micro-finances agrées dans le milieu(COOPEC).

- Analyser le niveau de risque de chaque service existant.

Ainsi fait, discuter avec la banque ou l'organisation trouvée  fiable sur les possibilités d'aller dans les zones d'intervention pour abonner les structures contractées et installer des succursales dans les centres le plus proches. Ceci demande de :i) négocier un % un peu élevé de tenue de compte pour le fonctionnement de la banque (2 à 3% du montant trimestriel entrant pour chaque structure);ii) L'épargne de chaque structure de 5 à 10% du montant ou subsides reçus et non utilisable avant 6 mois pour permettre aux structures d'investir et de subvenir aux urgences en cas d'arrêt de financement ou retard de paiement. Ce qui permet à la banque de faire tourner ces fonds et générer des intérêts au bénéfice cette dernière. D'autres possibilités ont été explorées:

- Pour les structures sans compte, à accessibilité difficile ou à insécurité à un moment donnée: analyser les possibilités de signer un contrat ponctuel avec la banque ou service des micro-finances pour la mise à disposition de fond pour paiement sur base des listes des structures sous contrats établis par vous avec toutes les spécificités sur les personnes autorisées à retirer. La banque s'organise pour payer dans le centre d'attraction plus proche et vous ramène les accusés de réception et autres PJ nécessaires. Ici, la conséquence est que tout le subside gagné est retiré sans possibilités d'épargner.

-L'autre possibilité est de voir si la banque peut ouvrir une succursale dans un centre proche qui peut servir pour d'autres zones et peut payer toutes les structures ayant des comptes à ce niveau si les distances à parcourir par les prestataires ne sont pas si longues (Moins de 70km) . Ici la banque met à la disposition des structures des carnets de chèque pour faciliter aux structures le retrait par n'importe quel membre du CS. Dans ce cas, le spécimen des signatures sur le chèque de plus ou moins 2 personnes (IT et PRECOPA) sur la photocopie de la pièce d'identité de chacun doivent être envoyés au début à la banque pour permettre la vérification de la validité du chèque avant chaque retrait.

si les distances sont longues,  la banque peut aussi détacher des agents à partir des succursales pendant une période pour aller s'installer dans un autre centre proche facilitant l'accès aux structures pour payer. Ici, l'analyse de faisabilité de faire voyager les fonds et choisir le site de paiement revient à la banque.

Kévine Laure Nkaghere Mbuembue

Je pense que dans ce contexte sous bancarisé, il faut trouver les substituts de la banque qui peuvent assurer les flux d'argent dans le système PBF. ceci est possible au sein de la FoSa via les responsables financiers (appelés au Cameroun Econome et Régisseur). L'econome devrait disposer d'un coffre fort pour la sécurisation des fonds dans la FoSa. Il peut aussi y securiser l'épargne mensuelle de sa FoSa. Pour le paiement des subsides, le Comité national en charge devrait proceder à un paiement en espèce sous décharge au regisseur ou à l'econome. Ou alors au travers des messageries financières. Cependant le monopole detenu par ces messageries financières peut engengrer une lenteur dans la mise à disposition des fonds lorsque la demande est formulée par la FoSa. Et cela peut donc etre contourné en sollicitant peu ces messageries. Au Cameroun, nous vivons une situation pas très differente où les FoSa publiques doivent verser les recettes au Trésor public (monopole) et non dans leur compte ouvert dans les banques privées (qui ne recoit que les subsides). ces Fosa ont donc beaucoup de mal à rentrer en possession de leur argent en cas de besoin, il faut parfois attendre trois semaines pour etre servi !!!

 

Denis MPANYA

Bonjour Cher Richard!!!!

Je suis très content que tu aies relevé dans une discussion ce sujet si important et crucial. Et je pense bien que la question que tu as évoquée est une réalité complexe de la situation de notre vaste pays faiblement bancarisé. Et c’est aussi l’un des défis majeurs de l'achat stratégique versus CSU dans notre  pays.

Les exemples et expériences en cette matière sont légions, mais avec certaines limites. Le premier exemple à soulever est celui du gouvernement congolais qui avait initié la bancarisation de la paie des agents de l’état. Il ressort de cet exemple que moins de 50% des agents ont été facilement couvert par cet exercice, et plus de 50% des agents étaient obligés de se mouvoir sur de longs parcours à la rencontre de quelques agents payeurs de messageries financières ou des quelques banques. Et pour la catégorie de ces agents se déplaçant de très loin, les longs séjours dans ces milieux et leurs autres coûts indirects de séjour pouvaient de fois dépasser l’enveloppe du salaire. Raison pour laquelle, plusieurs d’entre eux  ne pouvaient que programmer de voyages une fois par trimestriel pour réduire le coût.  

Notre expérience 

Du vécu en cette matière, nous avons vu les gens se déplacer de plus 800 km pour venir chercher leur argent à un point urbain bancarisé. Et même la banque n’a pas pu desservir facilement les gens venus nombreux de parts et d’autres. Cependant, ceci avait constitué une bonne leçon d’apprentissage pour nous. Nous avons pris l’initiative de contacter certaines messageries financières et opérateurs de téléphonies mobiles opérant localement pour pouvoir desservir certaines zones difficilement accessibles. Et je vais vous dire que les opérateurs téléphoniques avaient décliné à cette offre car leur capacité financière ne pouvait pas suffire.

Raison pour laquelle, nous avons pu organiser un paiement regroupé autour de 3 ou 4 zones de santé avec les messageries financière. Et en plus, le réseau existant de paiement des agents de l’état a été aussi exploité. Mais toutefois, la question de longues distances à parcourir n’ pas été résolue. Les  prestataires eux-mêmes prennent en charge dans leurs plans de business les coûts indirects de déplacement et séjour trimestriel dans les sites de paiement regroupé. L’exercice n’est pas aisé.  Mais nous ne cessons jamais de continuer à réfléchir quant à ce. Le monopole de ces agences ne nous pousse pas à rester très rigoureux envers elles en termes de l’obligation des résultats dans un court délai. Mais tout de même, les efforts sont fournis de leurs côtés  pour répondre à leurs obligations.

Notre suggestion :

v A court terme :

-      Nous  vous conseillons d’exploiter si possible le réseau existant de la paie des travailleurs de l’état dans votre contrée ;

-      Si cela ne suffit toujours pas, veuillez avec les messageries  déjà opérationnelles dans les régions étudier une faisabilité de déplacements de ces dernières vers les quelques zones géographiquement accessibles en vue d’un paiement groupé. Toutefois, veuillez bien mettre en place un plan efficace de mitigation de risques (cambriolage, noyage, incendie, fuite, etc).

-      Les prestataires devront comme à l’instar de notre exemple budgétiser leurs déplacement dans leurs plans de managements ;

v A long terme :

-      Veuillez ensemble avec le bailleur de fonds, le comité local de pilotage de projet ainsi que les différentes parties prenantes réfléchir sur une planification semestrielle avec les structures de santé. Ceci pourrait davantage réduire les coûts de déplacements et aussi les risques liés à ces transactions financières. Ainsi, les structures, avec leurs plans de managements étalés sur une période de 6 mois de mise en œuvre, ne pourront que recevoir les fonds deux fois par an, et que les opérateurs et/ou agences qui auront contracté avec vous prendront tout le temps possible pour préparer leur déplacement vers les zones pour un paiement in situs ou regroupé.

-      Est-il possible d’estimer le coût de déplacement des prestataires par axe de paiement et négocier avec votre bailleur une prise en charge partielle de ce coût en l’ intégrant dans le paiement des fosa ? Une question que je me pose et qui peut être analysée à votre niveau.

-      Veuillez impliquer aussi le Gouvernement Provincial dans la réflexion afin de solliciter auprès de lui de probables ouvertures les voies/routes de dessertes agricoles pouvant faciliter le déplacement moins aisé des prestataires.

 

BALEBA Aubin Nino

Bonjour

Le problème s'est posé dans les zones rurales camerounaises, notamment dans la région de l'Extrême Nord qui est considérée comme la plus enclavée du pays. Bien que sous bancarisée, les localités disposent tout de même d'établissements de microfinance qui ont facilité la "bancarisation" des structures PBF (formations sanitaires et associations locales)

Avec l'éclosion des paiements mobiles, nous avons également testé une possibilité: un des opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun (Orange Cameroun pour ne pas le citer) a en partenariat avec une banque panafricaine (Ecobank pour ne pas la citer) developpé un service permettant de prendre de l'arnet dans son compte bancaire à partir de son téléphone mobile et vice versa); ainsi, la FOSA peut ouvrir un compte bancaire en ville et faire de sopérations financières au travers du mobile. L limite de cette méthode répose en les frais supplémentaires qu'il faut débourser pour ce service. D'ailleurs, la plupart des programmes verticaux camerounais utilisent dorénavant cette méthode pour les paiements des prestataires et des participants aux ateliers de formation.

Une autre possibilité est la poste. Le Cameroun peut se vanter d'avoir un réseau postal assez étendu et présent dans tous les arrondissements (qui sont les plus petites unités administratives), et ce rapprochement donne aux formations sanitaires et aux associations la possibilité de disposer d'un compte bancaire à travers la Caisse d'éparne postale.

Toutefois, il serait souhaitable de sensibiliser les acteurs du PBF de l'éventualité de parcourir des distances pour accéder aux services bancaires là ou on expérimente une sous bancarisation; cela leur permettrait d'intégrer ce paramètre dans la planification budgétaire.

 

Chantal Mangbau

La bancarisation n'a pas pu dans notre pays résoudre les problèmes de paies, d'autant plus que certaines cités et villes en milieu rurale souffre d'absence de banque. Aussi les messageries financières sans un système financier ou économique  soutenu par des activités commerciales restent très limités : ils permettent pas le paiement lorsque le seuil des fonds dépassent  leurs capacités finanacières.

Ainsi, nosu pouvons  :

- regrouper les prestataires par ZS et les diriger vers un opérateur de messageries financières, de sorte que ce dernier soient en mesure de procéder au paiement. Ainsi nous pouvons faire plusieurs groupe

- Exploiter en même temps le réseaux de paiement des agents de l'Etat et les banques dans les milieux où ceux ci existent

Et je rejoint notre collègue dans l'idée de faire des planifications trimestrielles pour réduire le cout additionnel du séjour que les agents doivent supporter lors des déplacements pour la paie

 

Zéphyrin KANYINDA

Bonjour Richard,

 

Le problème que vous soulevez dans ce flash mérite effectivement un partage d’expériences mais également une réflexion sur la manière d’intégrer ce constat dans le montage institutionnel du financement basé sur les résultats dans le pays avec un faible développement du système bancaire.

Cette question est à mon avis en lien avec le rôle joué par l’EUP dans le montage institutionnel du programme PBF mise en œuvre.

En effet, dans le cadre de la mise en œuvre du PBF au Kasaï Occidental sous financement du FED, l’EUP FASS ( Fonds d’Achat des Services de Santé ; Etablissement d’Utilité Publique) jouait le rôle du payeur des formations sanitaires, cela voudrait dire outre les autres tâches de mise en œuvre de l’approche du financement basé sur la performance(contractualisation, achat, vérification quantitative et communautaire), l’EUP FASS organisait les paiements des formations sanitaires pendant les revues mensuelles des zones de santé réunissant les infirmiers titulaires des centres de santé en présence des présidents des comités de santé. Ce mécanisme comportait non seulement les risques d’alimenter le financement ascendant mais aussi ceux liés à la sécurité des agents payeurs.

Dans le montage qui est le vôtre, il me semble que c’est le niveau central qui assure la fonction de paiement à travers des transferts directs vers les formations sanitaires soit par le canal de ces messageries financières ou soit par le canal des banques pour les provinces desservies de banques commerciales. Par ces transferts et virements les fonds, un effort supplémentaire reste encore à fournir par la majorité des prestataires pour parcourir des longues distances pour atteindre la représentation soit de la banque ou de la messagerie financière.  Aussi, le caractère monopoliste que vous évoquez ne vous donne pas d’autres alternatives.  

Je voudrais être pragmatique et proposer des pistes de sortie si cela respecte toutes vos procédures en la matière.

Je propose donc que vous puissiez renforcer votre relation avec ces messageries par les incitations ou la contractualisation mais pour cela il y a des préalables à remplir notamment vous devez bien maîtriser vos lignes de temps dans la mise en œuvre de toutes les étapes du financement basé sur la performance avec les prestataires.  Par exemple savoir combien des jours vous faut-il entre la transmission des factures à Kinshasa et les paiements des formations sanitaires de manière à  faire une programmation financière qui évite aux messageries le manque des liquidités au moment de la paie des formations sanitaires. Un contrat signé au départ avec une messagerie financière avec un calendrier précis, permettra à la messagerie de faire face à la demande au moment opportun.

Vu le caractère monopolistique, les distances à parcourir par les prestataires et la gestion du temps lequel est très précieux en PBF,  je propose l’attribution de bonus de performance pour ces messageries de manière à les inciter à mieux faire dans un contexte si difficile et proportionnel au délais de paiement croisé au nombre de formations sanitaires payés.

Zéphyrin KANYINDA

Salut Richard,

 

Le problème que vous soulevez dans ce flash mérite effectivement un partage d’expériences mais également une réflexion sur la manière d’intégrer ce constat dans le montage institutionnel du financement basé sur les résultats dans le pays avec un faible développement du système bancaire.

Cette question est à mon avis en lien avec le rôle joué par l’EUP dans le montage institutionnel du programme PBF mise en œuvre.

En effet, dans le cadre de la mise en œuvre du PBF au Kasaï Occidental sous financement du FED, l’EUP FASS ( Fonds d’Achat des Services de Santé ; Etablissement d’Utilité Publique) jouait le rôle du payeur des formations sanitaires, cela voudrait dire outre les autres tâches de mise en œuvre de l’approche du financement basé sur la performance(contractualisation, achat, vérification quantitative et communautaire), l’EUP FASS organisait les paiements des formations sanitaires pendant les revues mensuelles des zones de santé réunissant les infirmiers titulaires des centres de santé en présence des présidents des comités de santé. Ce mécanisme comportait non seulement les risques d’alimenter le financement ascendant mais aussi ceux liés à la sécurité des agents payeurs.

Dans le montage qui est le vôtre, il me semble que c’est le niveau central qui assure la fonction de paiement à travers des transferts directs vers les formations sanitaires soit par le canal de ces messageries financières ou soit par le canal des banques pour les provinces desservies de banques commerciales. Par ces transferts et virements les fonds, un effort supplémentaire reste encore à fournir par la majorité des prestataires pour parcourir des longues distances pour atteindre la représentation soit de la banque ou de la messagerie financière.  Aussi, le caractère monopoliste que vous évoquez ne vous donne pas d’autres alternatives.  Je voudrais être pragmatique et proposer des pistes de sortie si cela respecte toutes vos procédures en la matière.

Je propose donc que vous puissiez renforcer votre relation avec ces messageries par les incitations ou la contractualisation mais pour cela il y a des préalables à remplir notamment vous devez bien maîtriser vos lignes de temps dans la mise en œuvre de toutes les étapes du financement basé sur la performance avec les prestataires.  Par exemple savoir combien des jours vous faut-il entre la transmission des factures à Kinshasa et les paiements des formations sanitaires de manière à  faire une programmation financière qui évite aux messageries le manque des liquidités au moment de la paie des formations sanitaires. Un contrat signé au départ avec une messagerie financière avec un calendrier précis, permettra à la messagerie de faire face à la demande au moment opportun.

Vu le caractère monopolistique, les distances à parcourir par les prestataires et la gestion du temps lequel est très précieux en PBF,  je propose l’attribution de bonus de performance pour ces messageries de manière à les inciter à mieux faire dans un contexte si difficile et proportionnel au délais de paiement croisé au nombre de formations sanitaires payés.